Les directions financières doivent aujourd’hui construire des budgets plus fiables, actualiser leurs prévisions plus régulièrement et expliquer les écarts entre les résultats attendus et les résultats réels. Dans de nombreuses entreprises, ces travaux reposent encore sur des fichiers Excel, des systèmes dispersés et des échanges manuels entre services. Les solutions EPM cherchent à répondre à ces difficultés en reliant les données, les modèles financiers et les processus de décision. Board et Pigment figurent parmi les plateformes qui répondent à ces besoins. Mais quelles sont leurs différences, quelles fonctionnalités faut-il comparer et comment déterminer laquelle correspond le mieux à une organisation ? Ce comparatif examine leurs principales caractéristiques pour aider les directions financières à faire un choix éclairé.
Board et Pigment : deux visions de la planification d’entreprise
Board se présente aujourd’hui comme une plateforme de planification d’entreprise qui associe les données, les modèles financiers et opérationnels et l’intelligence artificielle dans un environnement commun. Son offre couvre notamment la planification financière, la planification de la supply chain, la gestion des effectifs, les prévisions et la consolidation financière. L’éditeur met en avant une approche de planification continue, dans laquelle les entreprises peuvent actualiser leurs hypothèses, simuler des évolutions et rapprocher les décisions financières des contraintes opérationnelles.
Pigment se positionne comme une plateforme de planification intégrée destinée aux équipes financières et opérationnelles. Elle s’appuie sur un moteur de modélisation dynamique, une gestion centralisée des données et des fonctions collaboratives pour construire des budgets, faire évoluer des prévisions et analyser plusieurs scénarios. Son architecture Graphite, présentée par l’éditeur en 2026, met notamment l’accent sur la flexibilité des modèles, la gestion des données et la capacité à faire évoluer les plans sans reconstruire l’ensemble de leur structure. Pigment développe également des fonctionnalités de consolidation financière et d’intelligence artificielle.
Les deux plateformes cherchent ainsi à rapprocher la planification, l’analyse et la décision. La différence ne se résume donc pas à une opposition entre un outil traditionnel et un outil moderne. Elle doit être recherchée dans la manière dont chaque solution répond aux processus de l’entreprise, à la complexité de ses modèles, à ses exigences de contrôle et à son organisation.
Comparatif Board et Pigment : les principales différences
Le tableau suivant synthétise les orientations documentées des deux éditeurs. Il ne constitue pas un classement : les fonctionnalités disponibles, leur profondeur et leurs conditions d’utilisation doivent être vérifiées selon le périmètre du projet.
| Critère | Board | Pigment |
|---|---|---|
| Positionnement | Planification d’entreprise financière et opérationnelle | Planification intégrée et modélisation collaborative |
| Budget et prévisions | Planification financière, prévisions et analyse des scénarios | Budget, prévisions et scénarios dynamiques |
| Modélisation | Moteur multidimensionnel et modèles de planification | Modélisation dynamique et structures évolutives |
| Planification opérationnelle | Couverture de la supply chain, des activités commerciales et des effectifs | Couverture des ventes, des effectifs, de la demande et d’autres processus métier |
| Consolidation financière | Offre dédiée de consolidation et de reporting financier | Offre de consolidation intégrée à la planification financière |
| Intelligence artificielle | IA analytique, générative et agents dédiés à la planification et aux processus financiers | Agents d’analyse, de modélisation et d’assistance à la consolidation |
| Données et intégrations | Connexion aux ERP, CRM et plateformes de données d’entreprise | Connecteurs, API et échanges planifiés avec les systèmes d’entreprise |
| Coût total | À établir selon les licences, le périmètre et l’intégration | À établir selon les licences, le périmètre et l’intégration |
Sources : documentations officielles de Board et de Pigment. Les orientations présentées ne signifient pas que les fonctions sont exclusives à un éditeur. Le périmètre contractuel et le niveau de disponibilité de chaque fonctionnalité doivent être confirmés.
Budget et prévisions : comment les deux plateformes répondent-elles aux besoins de la finance ?
La construction budgétaire constitue souvent le point de départ d’un projet EPM. L’enjeu consiste à réunir les données réelles, les hypothèses de gestion et les contributions des différents services afin de produire un budget cohérent. Les équipes doivent ensuite pouvoir actualiser leurs prévisions et comprendre rapidement les écarts.
Board permet de relier les processus financiers aux activités opérationnelles dans une même approche de planification. Cette orientation peut être particulièrement intéressante lorsqu’une modification de la demande, des volumes de production ou des capacités doit être répercutée sur les objectifs financiers.
Pigment met l’accent sur la construction de modèles partagés et sur l’évolution des hypothèses entre les différentes dimensions de l’entreprise. Cette approche peut être utile lorsqu’une direction financière doit ajuster fréquemment ses prévisions, tester plusieurs scénarios et partager leurs conséquences avec les équipes commerciales, les ressources humaines ou les opérations.
Prenons un exemple : une entreprise prévoit une baisse de 8 % de son chiffre d’affaires. Elle souhaite mesurer les conséquences sur sa marge, ses dépenses, sa trésorerie et ses effectifs. Les deux plateformes doivent être évaluées sur leur capacité à représenter ces relations, à actualiser les résultats et à permettre aux responsables d’examiner les scénarios.
La véritable question n’est donc pas de savoir laquelle sait produire un budget, mais laquelle permet de construire et de faire vivre le modèle adapté à l’activité, avec un niveau de maintenance acceptable. Ce point dépendra autant de la conception du modèle que des capacités de la plateforme.
Modélisation et scénarios : la flexibilité suffit-elle ?
La modélisation est un critère central dans le choix d’une solution EPM. Elle détermine la façon dont les données sont structurées, dont les hypothèses sont reliées et dont les changements se répercutent dans les calculs.
Pigment met explicitement en avant sa modélisation dynamique : les équipes peuvent faire évoluer des structures, modifier des hypothèses et examiner leurs effets sur les modèles connectés. L’éditeur présente cette capacité comme un moyen d’adapter les plans aux changements de l’entreprise sans devoir reconstruire leur architecture à chaque évolution.
Board s’appuie également sur un moteur multidimensionnel destiné à gérer des modèles complexes et à relier les plans financiers et opérationnels. Sa plateforme vise à rapprocher les hypothèses, les scénarios et les décisions au sein d’un environnement commun.
Pour départager les deux solutions, il faut aller au-delà de ces descriptions. Une démonstration comparative devrait porter sur la création d’une nouvelle dimension analytique, l’ajout d’une entité, la modification d’une hiérarchie, la propagation des changements et les conséquences sur les performances du modèle.
La flexibilité doit aussi être évaluée dans le temps. Une solution qui permet de créer rapidement un modèle initial n’est pas nécessairement celle qui sera la plus simple à maintenir après plusieurs années d’évolution des processus.
Consolidation financière : un domaine à examiner séparément
La consolidation financière mérite une attention particulière, car elle répond à des exigences différentes de celles du budget ou du reporting de gestion. Elle doit notamment permettre de réunir les comptes de plusieurs entités, de gérer les devises, de traiter les opérations intragroupe et de produire des états financiers contrôlables et traçables.
Board dispose d’une offre dédiée à la consolidation et au reporting financier, désormais désignée sous le nom de Financial Close, Consolidation, and Reporting (FCCR). Elle couvre notamment les processus de clôture, les éliminations intragroupe, les conversions de devises, les ajustements et la traçabilité des opérations.
Pigment a également renforcé son offre dans ce domaine. En avril 2026, l’éditeur a annoncé le lancement de son Consolidation Agent ainsi que de nouvelles composantes de son offre Multi-GAAP Starter Kit. Sa proposition vise à rapprocher la consolidation statutaire, les données réelles et la planification financière.
Ces évolutions montrent que les deux éditeurs cherchent à rapprocher consolidation et planification. Elles ne suffisent cependant pas à établir une équivalence fonctionnelle complète.
Une entreprise qui souhaite remplacer un outil de consolidation existant devra notamment examiner la gestion des changements de périmètre, les règles de détention, les normes comptables applicables, les écritures de consolidation, les workflows de clôture, les contrôles et les pistes d’audit. Elle devra également vérifier la prise en charge de ses exigences locales et la possibilité de reproduire ses états financiers.
Le point de vigilance : les capacités de consolidation doivent faire l’objet d’une évaluation spécifique. La présence de cette fonctionnalité dans une plateforme EPM ne garantit pas qu’elle répondra à toutes les exigences comptables et réglementaires du groupe.
Intelligence artificielle : des usages à évaluer au-delà des annonces
L’intelligence artificielle prend une place croissante dans les deux offres. Board présente des agents capables d’assister les processus de planification et de consolidation, tandis que Pigment développe des agents dédiés notamment à la modélisation, à l’analyse et à la consolidation financière.
Chez Board, le Controller Agent est présenté comme un assistant des équipes financières chargé notamment de repérer des incohérences, de faciliter les rapprochements et d’aider à identifier les problèmes susceptibles de retarder la clôture. Chez Pigment, le Consolidation Agent vise notamment à détecter et à expliquer des problèmes de contrôle ou de rapprochement dans le processus de consolidation.
Pour une direction financière, ces fonctionnalités peuvent représenter un intérêt réel si elles réduisent les vérifications manuelles, accélèrent l’analyse des écarts et facilitent l’identification des anomalies. Leur valeur dépend toutefois de la qualité des données, des règles de gestion, des droits d’accès et de la capacité des utilisateurs à contrôler les résultats.
Une évaluation sérieuse doit distinguer les fonctionnalités disponibles, celles proposées en version bêta et celles qui figurent encore dans les annonces ou les feuilles de route. Elle doit également vérifier les modalités de contrôle humain, la traçabilité des actions et les limites des automatisations.
L’IA ne doit donc pas devenir un critère de choix isolé. Elle doit être évaluée en fonction des tâches qu’elle permet réellement d’améliorer et des garanties nécessaires à son utilisation dans un environnement financier.
Intégration et gouvernance des données : un enjeu déterminant
Une plateforme EPM ne fonctionne pas indépendamment du système d’information. Elle doit s’appuyer sur des données fiables provenant notamment des ERP, des outils commerciaux, des systèmes de ressources humaines et des plateformes de données de l’entreprise.
Board indique pouvoir se connecter aux systèmes ERP et CRM ainsi qu’aux plateformes de données d’entreprise, notamment Snowflake, Databricks et Microsoft Fabric. La solution se présente comme une couche de planification et de décision venant compléter les systèmes de données existants.
Pigment met en avant ses connecteurs, ses API et sa couche de données gouvernées, qui vise à partager des définitions et des informations cohérentes entre les modèles et les équipes. La plateforme propose également des contrôles d’accès et des mécanismes de gouvernance des données.
Dans les deux cas, la présence d’une intégration annoncée ne garantit pas qu’elle répondra à tous les besoins de l’entreprise. Il faut vérifier les systèmes réellement pris en charge, les versions compatibles, la fréquence des échanges, les modalités de réécriture des données et le traitement des erreurs.
Les exigences de sécurité doivent également être examinées : gestion des habilitations, séparation des responsabilités, traçabilité, hébergement, protection des données et conformité aux politiques internes.
Mise en œuvre, adoption et coût total : ne pas se limiter au prix de la licence
Le coût d’un projet EPM ne se résume pas à l’abonnement logiciel. Il comprend également le cadrage, la conception des modèles, l’intégration des données, les prestations de mise en œuvre, la formation, la maintenance et les évolutions ultérieures.
Board met en avant la possibilité de commencer par un périmètre ciblé puis d’étendre progressivement la planification à d’autres processus. Pigment valorise la flexibilité de ses modèles et l’autonomie des utilisateurs métier. Ces orientations peuvent faciliter certains projets, mais elles ne permettent pas, à elles seules, de conclure que l’une des solutions sera systématiquement plus rapide ou moins coûteuse à déployer.
Le délai dépend notamment du nombre d’entités, de la complexité des règles de gestion, du nombre d’interfaces, de la qualité des données et de la disponibilité des équipes internes. La capacité à faire évoluer les modèles sans multiplier les développements spécifiques doit aussi être prise en compte.
Pour comparer Board et Pigment de manière équitable, l’entreprise devrait demander des propositions portant sur un périmètre identique et calculer le coût total sur plusieurs années. Les offres devront préciser les licences, les modules, les utilisateurs, les services d’intégration, la formation et les conditions d’évolution.
Les tarifs ne doivent pas être estimés à partir de chiffres non vérifiés ou de projets dont le périmètre serait différent. Sans devis comparables, il n’est pas possible de déclarer objectivement l’une des solutions moins chère que l’autre.
Board ou Pigment : quelle solution selon les priorités de l’entreprise ?
Le choix dépend avant tout des processus que l’organisation souhaite améliorer.
Board mérite une attention particulière lorsque le projet consiste à rapprocher la planification financière, les processus opérationnels et la consolidation dans une plateforme commune. Les entreprises concernées devront notamment vérifier la profondeur des fonctionnalités nécessaires et leur adéquation avec leurs exigences de pilotage.
Pigment mérite une attention particulière lorsque le projet met l’accent sur la modélisation dynamique, l’évolution régulière des hypothèses et la collaboration entre plusieurs fonctions autour de plans partagés. Il faudra vérifier que sa couverture répond également aux besoins de contrôle, de gouvernance et de consolidation de l’organisation.
Ces orientations ne sont pas exclusives : les deux plateformes proposent des capacités de planification financière et opérationnelle, ainsi que des fonctionnalités d’intelligence artificielle. Elles constituent des points de départ pour organiser une présélection, pas une recommandation définitive.
Pour une PME qui souhaite fiabiliser son budget, les critères prioritaires pourront être la facilité de prise en main, le temps de maintenance des modèles et le coût total. Pour un groupe international, la consolidation, les contrôles, la gestion des entités, les volumes de données et les exigences réglementaires pourront peser davantage. Une entreprise industrielle pourra, quant à elle, accorder une importance particulière au lien entre les prévisions financières et la planification de la demande ou des capacités.
La taille de l’entreprise ne suffit donc pas à déterminer la solution adaptée. La complexité des processus, les ressources disponibles et les objectifs du projet doivent également être pris en compte.
Comment organiser une comparaison réellement objective ?
Avant de choisir, la direction financière devrait préparer une grille d’évaluation commune aux deux éditeurs. Chaque solution doit être confrontée aux mêmes besoins, avec les mêmes données et les mêmes scénarios.
Une démarche utile consiste à tester au minimum trois situations : la construction d’un budget avec plusieurs contributeurs, la simulation d’un changement majeur d’activité et la production d’un reporting consolidé si ce besoin existe. Il est également important de tester la modification d’un modèle, la traçabilité des résultats et la gestion des droits d’accès.
Les critères doivent être pondérés en fonction des priorités de l’entreprise. Une organisation qui a principalement besoin de planification financière ne donnera pas nécessairement le même poids à la consolidation qu’un groupe qui souhaite remplacer son outil de clôture.
Les démonstrations doivent enfin permettre d’évaluer l’autonomie des équipes, les dépendances à l’intégrateur et les conditions de maintenance. Cette méthode offre une base plus fiable qu’un classement général ou qu’une comparaison fondée uniquement sur les discours des éditeurs.
Conclusion : la meilleure solution est celle qui correspond au besoin réel
Board et Pigment illustrent l’évolution du marché EPM vers des plateformes qui rapprochent la planification financière, les opérations, l’analyse des données et l’intelligence artificielle. Leurs offres présentent des points communs importants, mais aussi des orientations et des caractéristiques qu’il convient d’examiner à partir des processus de chaque entreprise.
Board peut être étudié pour sa couverture intégrée de la planification financière et opérationnelle, ainsi que pour son offre dédiée à la consolidation. Pigment peut être étudié pour son approche de la modélisation dynamique, de la collaboration et de l’évolution des plans. Dans les deux cas, le choix final doit reposer sur des vérifications fonctionnelles, techniques et économiques.
Pour les directions financières, l’enjeu n’est pas de sélectionner la plateforme qui promet le plus, mais celle qui répond aux priorités de l’entreprise, s’intègre à son environnement et peut être adoptée durablement par ses équipes. Un comparatif Board et Pigment pertinent doit ainsi aboutir à une décision contextualisée, fondée sur des critères mesurables plutôt que sur un classement universel.
